Ce qu’un vieux linge m’apprend

Série sur Jean (chapitre 13: 1-17)

Introduction:

Si vous avez une bible, veuillez l’ouvrir en Jean 13. La section que nous étudierons aujourd’hui va du verset 1 à 17. J’ai intitulé mon sermon : Ce qu’un vieux linge m’apprend. Lisons le texte ensemble « … » Reprenons donc les informations que nous trouvons ici. C’est la dernière soirée sur terre de Jésus avec ses disciples. Ils ne savent pas encore que c’est leurs derniers instants avec leur maître, mais ils le découvriront bientôt. Jean nous indique dans ce passage qu’ils se rendent dans une chambre haute pour prendre le repas de la Pâques. C’est une fête extrêmement importante pour tout juif, donc comme c’était la tradition, ils se sont probablement lavés et fait propre avant de venir. Mais il ne faut pas oublier que les routes dans cette région sont le plus souvent de terre, de sable et de poussière. Et les gens de l’époque portaient des sandales. Il s’agissait souvent de simples semelles de cuir, cousues avec des lanières pour les tenir en place. Quand on se rendait d’un endroit à l’autre, on ne pouvait pas garder ses pieds propres bien longtemps. Si vous avez déjà passé des vacances à la mer, vous comprenez pourquoi. Les sandales ne protègent guère de la saleté, surtout s’il pleuvait et que le chemin devenait boueux. Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que les gens ne mangeaient pas comme aujourd’hui. En Palestine, les gens s’étendaient sur un natte, ou sur un genre de litière autour de petites tables basses. Ils s’appuyaient sur un coude et avec une main, ils tenaient un bol et ils utilisaient l’autre comme une fourchette, pour amener la nourriture à leur bouche. Comprenez donc que lorsque vous étiez plusieurs à table, alités en cercle, il y avait près de votre figure les pieds presque nus de quelqu’un d’autre. Si cette personne était propre, il n’y avait pas de problèmes. Mais imaginez-vous devoir manger des figues ou des dattes avec les doigts de pied noirs de quelqu’un d’autre, à quelques centimètres de votre visage. Auriez-vous aimé cela ? Les anciens n’étaient pas friands de cela non plus, alors habituellement il y avait un esclave dans les maisons qui avait charge de laver les pieds des invités. C’était considéré comme une des pires charges à remplir. En général, c’était l’esclave le plus bas qui se voyait attribué cette corvée. Mais lors de ce repas décrit ici, il n’y avait pas d’esclaves. Jésus et les douze avaient opté pour la discrétion et l’intimité. Vous pouvez presque vous les imaginer, arrivant bien propres sauf pour les pieds. Ils rentrent, ils vont s’étendre en cercle. Il y a d’abord Jésus, puis Jean d’un coté, Judas de l’autre. Pierre est aux pieds de Jean, et la bouche de Jacques est à quelques centimètres des pieds de Pierre et ainsi de suite. J’imagine que les pieds de certains doivent sentir, car ils n’étaient pas des hommes riches et des semelles de cuir qu’on porte un certain temps, ça ne sent pas très bon à la longue. J’imagine qu’ils savent tous qu’ils ont normalement besoin d’un bon nettoyage de pieds. L’odorat et la vue doit le leur suggérer. Mais c’est un peu comme ce qui se passe dans la plupart des endroits avec plusieurs personnes qui vivent en commun ou qui se retrouve de temps à autre. Personne ne veut faire le sale boulot. Je pense ici à ce que ma maman exclamait parfois avec frustration quand j’étais jeune. Après le culte à Verviers, elle retrouve souvent du caca dans le bol de toilette, collé aux parois. Alors elle râlait et elle disait : « mais enfin, dix d’entre eux sont allés aux toilettes et l’ont probablement vu. Il y a une brosse à coté du bol, du produit de nettoyage, mais personne ne l’a prise pour frotter le cabinet. C’est la bonne Suzanne qui doit encore le faire ! » Ca devait être la même chose dans cette pièce haute. Ils savaient tous ce qui devait être fait, mais parce que c’était un travail rabaissant et « ragoutant », personne ne voulait retrousser ses manches et s’y mettre. Peut-être pour encore mieux comprendre, il faut aller jeter un coup d’œil sur ce qui se passait dans leur cœur lors de ce repas. Regardez en Luc 22 :24. Luc nous donne un élément qui n’est pas présent en Jean 13. Il y avait un débat entre les apôtres. Sur quel sujet ? Sur qui était le plus grand parmi eux ! Imaginez-vous les apôtres en train de se disputer à ce sujet. André qui dit : « Je suis le plus important, car c’est moi qu’il a invité à le suivre en premier ! » Jean interjette : « Oui, mais c’est moi qui suis son préféré ! » A quoi Judas répond : « Qui croyez-vous qui tient les cordons de la bourse, et pourquoi ? C’est moi le plus important ! » J’imagine Pierre en train de lever ses mains, de gonfler fièrement la poitrine et de dire : « Eh les gars, c’est moi à qui il a promis les clés du royaume des cieux. Ne vous faites pas d’illusion, je suis celui qu’il a choisi. Et puis, qui est toujours le premier à aller de l’avant ? » Donc dans cette pièce, aucun d’eux n’a l’envie de s’abaisser et de prendre la fonction du serviteur. Ce serait manifester une faiblesse, qu’un autre pourrait utiliser. Ce serait peut-être dire aux autres : « Tu es meilleur que moi ! » N’oublions pas que le contexte doit jouer fortement. En temps normal, nous pouvons nous abaisser et servir autrui. Nous pouvons admettre que quelqu’un est peut-être meilleur que nous, plus intelligent, plus fort, plus rapide. Mais quand quelqu’un nous nargue toute la journée, nous rabâche avec ses prouesses ou ses capacités extraordinaires, s’il nous traite comme des idiots ou des moins que rien, alors on ne veut pas qu’il ait la satisfaction de savoir qu’il a peut-être raison. Pensez à comment vous réagissez quand vous jouez un jeu de société et que ça arrive. C’est en quelque sorte la situation de Jean 13 et ça explique probablement aussi les pieds sales. Ils sont tous trop fiers que pour s’abaisser. Ils veulent la position sur un trône et non la responsabilité de nettoyer des doigts de pied croûteux et malodorants. J’aime ce qu’un auteur dit en commentant ce passage. Il écrit : « Dans cette pièce, il y a 13 apôtres qui se voient comme des Seigneur et un Seigneur qui se voit comme un serviteur. » Et dans un moment qui révèle la nature profonde de notre Dieu, Jésus ôte ses vêtements, il se met presque à nu comme les serviteurs de basse classe. Il prend un linge qu’il met autour de sa taille comme une ceinture, il prend de l’eau et un bassin et il se met au travail. Le voyez-vous mentalement ? Il s’agenouille aux pieds des apôtres, alors qu’ils sont en pleine discussion. Certains s’arrêtent immédiatement, d’autres continuent encore à débattre parce qu’ils ne réalisent pas. Mais bientôt, des coups de coude sont donnés et tout le monde devient silencieux. On n’entend plus que le bruit de l’eau qui coule sur les jambes, du chiffon qui frotte, de la respiration lourde de Jésus. L’eau sale est jetée et remplacée au fur et à mesure par notre Seigneur. En lisant cette part, je sens presque l’embarras et la gêne des apôtres. Il arrive à Pierre, et Pierre au verset 6 de Jean 13 dit : « Toi, Seigneur tu me laves les pieds ! », verset 8 : « Non, jamais tu ne me feras ça ! » Son Seigneur ne doit pas faire la tâche d’un esclave ! Un conducteur n’agit pas ainsi. Il ne doit pas s’humilier à de tels travaux. Jésus lui répond au verset 7 : « ce que je fais tu ne comprends pas encore, mais bientôt tu le pourras ! » Pierre ne comprend pas encore la vraie nature de Dieu. Pour lui, être au sommet ça signifie avoir de la majesté, de la gloire, être puissant et être servi. Ca ne veut pas dire servir les autres. Il ne comprend pas que l’Eternel a au fond de lui, le cœur d’un serviteur. Il n’a pas encore saisi qu’en Jésus, il y a la nature de Dieu et que cette nature doit s’exprimer par une vie passée au service des autres. Après tout, ce que Jésus faisait ici n’était pas un acte isolé et inhabituel. Ce n’était pas l’action rare faite tous les sept ans. Il manifestait son caractère profond. Philippiens 2 : 5-8 et Matthieu 20 :20 nous le confirme « … » L’acte de Jésus en ce jour était dans la lignée logique d’une existence éternelle passée au service des autres dans un amour immesurable. De plus si Pierre voulait un jour être dans le royaume de Jésus, il fallait qu’il accepte que Jésus fasse des choses pour lui. C’est pour cela que dans la deuxième partie du verset 8 de Jean 13, Jésus dit : « Si je ne te laves pas, tu n’auras pas de part avec moi ! » En d’autres terme : « Pierre, si tu veux vivre, je dois mourir pour toi. Si tu veux que tes péchés soient pardonnés, il faut que je puisse te laver dans mon sang et devenir ton grand prêtre. » Il n’y a pas de salut sans un Dieu qui quelque part nous sert. C’est donc son désir de servir pour que nous puissions être un avec lui. Et aujourd’hui, si je veux être un en communion avec lui, alors il me faut embrasser sa nature. C’est pour cela que Pierre a dit au verset 9 : « Alors Jésus lave non seulement mes pieds, mais encore mes mains et ma tête ! » Mais embrasser sa nature va bien au-delà d’accepter qu’il pourvoie à mes besoins. Ca va au-delà du fait d’enterrer ma fierté, de dire : « oui, d’accord je ne peux me sauver par moi-même, devenir assez bon que pour mériter son attention. » Ca va au-delà que de se remettre à lui pour qu’il puisse me laver par son sang dans les eaux du baptême, parce que je ne peux gagner mon salut. » Me comprenez-vous ici ? Ca doit me remettre en question. C’est un appel à devenir moi aussi un serviteur et à adopter les mêmes caractéristiques qui se trouvent dans le cœur de mon Dieu. En étudiant ceci, il faut accepter d’être transformé à son image, car nous ne pouvons l’accepter en répudiant la nature de son cœur. Il me faut donc devenir au plus profond de moi, un serviteur. C’est pour cela que Jésus dit au verset 15 : « Je vous ai donné un exemple afin que vous fassiez comme je vous ai fait. »

I. Notre service doit être naturel.

Attention, ce n’est pas un appel à rendre un acte de service isolé tous les 3 ans. Il nous appelle à servir les autres continuellement, peu importe les circonstances. Chacun d’entre nous peut servir pour un temps limité, surtout si à la clé c’est pour obtenir certaines faveurs (le cœur d’une femme, les faveurs d’un patron, un poste clé…). On peut tous le faire lorsqu’on sait qu’on va obtenir une récompense. Mais ce que Jésus nous montre ici, c’est qu’il faut servir non pour recevoir une promotion, pour être reconnu ou exalté, mais tout simplement parce que c’est notre seconde nature. On devrait le faire parce que c’est ainsi qu’on conçoit la vie, parce que c’est ce qui nous défini, ce qui sort naturellement de notre cœur, parce que nous ne pensons pas être plus grand que notre maître et c’est ainsi qu’il est. Notre service doit être naturel,

II. Mais il doit aussi être humble. Il nous faut pouvoir servir avec humilité.

Parfois nous ne saisissons pas toutes les opportunités de servir qui se présentent à nous, parce qu’il s’agit de travaux que personne ne veut faire comme le nettoyage de la toilette dont j’ai parlé en commençant. On n’a pas envie de se salir les mains à certaines tâches, donc on le laisse pour les autres. Il faut nous demander dans ces situations, est-ce ainsi que Jésus agirait ? Notre monde est plein de gens qui refusent de servir parce qu’ils doivent un peu s’humilier. Un sportif renommé est omis de la position de capitaine et il refuse de retourner jouer sur le terrain. Un politicien n’est pas choisi pour remplir un poste prestigieux auquel il aspire et peut prétendre, et il refuse d’aider dans une fonction subalterne quand on le lui demande. Un grand chanteur ne reçoit pas la position de soliste dans une chorale et il ne chantera pas pour soutenir quelqu’un d’autre. Tout ceci à cause d’une trop grande fierté. Il nous faut nous exercer à l’humilité. Aujourd’hui, si je vous demandais de penser à trois actes de services qui seraient vraiment difficiles pour vous de faire, que me diriez-vous ? Peut-être c’est là qu’il nous faut commencer à nous exercer. Car à partir du moment où nous pouvons nettoyer les pieds sales, alors qu’est-ce de servir un peu de rompre le pain pour les autres, ou de passer une coupe pour servir les autres lors d’un repas.

III. Notre service doit être pour tous, sans discrimination.

La troisième chose que je voudrais dire sur les services que nous rendons en tant que chrétien, c’est que nous ne devons pas trop regarder sur le type de personne que nous aidons. Je ne veux pas dire ici que nous devons aider quelqu’un à rester dans ses mauvaises habitudes. Nous ne voulons pas aider un alcoolique à acheter du vin ou du Whisky, nous ne voulons pas aider un paresseux pour qu’il puisse se complaire dans sa paraisse. Il y a des services qui au bout du compte ne sont pas des vrais services. Mais parfois nous avons tendance à vérifier le pédigré d’une personne avant de donner un coup de mains et de seulement aider ceux que nous aimons et qui sont méritants à nos yeux. Je dis aidons, sans tenir compte des convictions politiques ou morales d’une personne. Je pense que Jean n’a pas commencé son récit de façon anodine en Jean 13. Regardez au verset 2, quelle information nous donne-t-il avant de parler de l’action de Jésus ? « Pendant le souper, alors que le diable avait déjà inspiré au cœur de Judas Iscariot, le dessein de livrer Jésus ! » Pourquoi a-t-il débuté son récit ainsi ? Probablement pour nous rappeler que Jésus servait même ceux qui ne méritaient pas qu’on les serve. Honnêtement, si j’avais été à la place de Jésus, sachant ce qu’il savait j’aurais été tenté de passer outre arrivé à Judas, ou de prendre de l’eau bien bouillante ou bien froide pour lui faire mal. J’aurais probablement frotté jusqu’à lui enlever la peau des chevilles et des mollets. Mais Jésus mit le même soin à laver les pieds de Judas, qu’à laver les pieds de Jean et de Pierre. Oh que ceci m’apprend une leçon ! J’apprends à servir chaque homme, même celui qui est mon ennemi. Jésus servit sans se soucier du résultat avec Judas. Si lui l’a fait, puis-je aussi le faire ? Puis-je servir ceux qui m’irritent, me rebute sans me soucier de leur réponse ? Voici une vérité, frères et sœurs, quand on sert quelqu’un qui en a besoin au nom du Christ, c’est Christ que nous servons au-delà de la personne devant nous. Si aujourd’hui Jésus venait frapper à notre porte, nous ferions tout pour l’aider, n’est-ce pas ? Nous nous épuiserions à la tâche ! Mais lorsqu’il vient déguisé à nous, sommes-nous aussi rapides et zélés ? « O Seigneur, laisse-moi te servir ! » nous implorons. Il nous répond : « Bien sûr ! Va servir le vieux frère là, qui se débat toujours avec l’alcool ! » « O, mais Seigneur tu ne comprends pas, c’est toi qu’on veut servir, pas lui ! » « Je comprends, mais en le servant lui, c’est moi que tu sers ! » C’est peut-être dur à comprendre. Mais pensez-y ainsi, comment plait-on aux parents quand on veut leur faire du bien ? On sert leurs enfants. Et Christ dans la bible a choisi de s’identifier aux petits de ce monde qui sont dans le besoin. Lorsque nous faisons donc quelque chose pour ceux qui sont difficiles à aimer, c’est pour lui que nous servons, et c’est à lui que nous plaisons.

Conclusion :

En conclusion, servons là où nous le pouvons, quand nous le pouvons, là où nous le pouvons. Servons naturellement, humblement dans les grandes choses, mais les petites aussi. Pas besoin d’attendre les grandes occasions. Ecoutez-moi, avoir le cœur d’un serviteur, c’est chercher les occasions. Y a-t-il un jeune couple ou une maman dans l’église qui a besoin d’un baby-sitter ? Une fois par mois ou fréquemment ? Y a-t-il quelqu’un qui a besoin d’aide pour tondre sa pelouse et faire son jardin ? Y a-t-il une personne âgée qui a besoin d’une visite et de quelqu’un pour lui apporter un morceau de tarte un après-midi ? Pouvons-nous faire une carte pour quelqu’un qui est découragé dans l’église ? Y a-t-il quelqu’un qui a besoin de recevoir une rose, un porte-clé, un rouge à lèvres, un stylo, une boîte de chewing-gum à 1 euros pour savoir qu’il est toujours important aux yeux de quelqu’un ? Faisons le ! Parfois, il suffit de toutes petites choses. Servons de notre mieux aujourd’hui, sans attendre, car l’opportunité ne se représentera peut-être pas une seconde fois. « Qui gagnerais-je ? » un sceptique demande. Jésus répond ceci au verset 17 « … » Si je sers, je serai heureux. Le terme utilisé en grec est Makarios, le même que celui utilisé dans les béatitudes. Il décrit une joie interne et profonde qui reste inaffectée même quand les choses commencent à aller mal. En d’autres termes il dit que c’est le secret d’une vie heureuse et d’une joie durable. Et c’est vrai que ceux qui sont souvent d’humeur la plus pitoyable, sont ceux qui attendent d’être servi et qui ne supporte pas quand ils n’obtiennent pas ce qu’ils pensent mériter. Mais ceux qui servent sans rien attendre des autres, sont rarement déçus. Voila le secret. Etes-vous prêts à le vivre ? Sommes-nous vraiment des serviteurs ? Le monde continuera peut-être à nous demander, « combien de gens travaillent pour vous ? » Mais Christ lui, un jour, nous demandera pour combien de personnes on a travaillé. Il nous demandera de montrer l’état de nos mains, avant de nous ouvrir les porters de son royaume ! Prions !